Des Accords de Matignon à l’Accord de Nouméa (1988 - 1998) - Vice-rectorat de la Nouvelle-Calédonie

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Histoire

Des Accords de Matignon à l’Accord de Nouméa (1988 - 1998)

LES ACCORDS DE MATIGNON

Après une année d’administration directe par l’État, les Accords de Matignon établissent un nouveau statut qui institue trois provinces dotées de compétences leur conférant une certaine autonomie. L’accord d’Oudinot signé le 20 août 1988 introduit
la notion de rééquilibrage entre les Kanak et les autres communautés, entre Nouméa et le reste de l’archipel et enfin entre les trois provinces. Un scrutin d’autodétermination est prévu en 1998.

L’assassinat de Jean-Marie Tjibaou et de Yeiwéné Yeiwéné à Ouvéa, le 4 mai 1989,
n’empêche pas la mise en place du statut Rocard, accompagné par la réalisation de nombreux projets destinés à développer la Nouvelle-Calédonie et à relever son économie (construction de la route Koné-Tiwaka, port en eau profonde de Népoui,
notamment). La prise en compte de la spécificité kanak nécessaire à l’apaisement des tensions apparaît par différentes actions comme la création de l’Agence de Développement de la Culture Kanak (ADCK), le plan 400 cadres et la construction du
Centre culturel Tjibaou. Bien avant l’échéance de 1998, année du référendum d’autodétermination, Jacques Lafleur lance l’idée "d’une solution consensuelle" pour éviter un "référendum couperet" dont les résultats en faveur du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République française risquent de ramener un climat de troubles.

Cette idée, acceptée par le FLNKS en terme de "solution négociée", aboutit après le règlement du "préalable minier" à l’Accord de Nouméa signé le 5 mai 1998 par le Premier ministre Lionel Jospin, le représentant du RPCR Jacques Lafleur et le représentant du FLNKS Rock Wamytan.

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Les signataires des accords de Matignon
De gauche à droite : J. Lafleur (RPCR), M. Rocard (premier ministre), J.-M. Tjibaou (FNLKS) ; derrière le premier ministre, on aperçoit J. Lèques, maire de Nouméa.

L’ACCORD DE NOUMÉA

Dans le préambule de l’Accord de Nouméa, par "un geste fort", la France reconnaît "les ombres" de la période coloniale et le traumatisme subi par les Kanak, tout en rendant hommage aux différentes communautés qui ont participé à la mise en valeur de la Nouvelle-Calédonie. L’accord de Nouméa confère un nouveau statut à la Nouvelle-Calédonie qui depuis 1999 n’est plus un territoire d’outre-mer mais une collectivité spécifique de la République française dotée d’une autonomie s’élargissant au fur et à mesure des transferts des compétences de l’Etat à la Nouvelle-Calédonie.

Au terme d’une période de vingt ans, avec possibilité d’anticipation, est prévu un référendum de sortie auquel participera un corps électoral restreint devant se prononcer sur une totale émancipation, c’est à dire l’indépendance politique.

Rendu applicable par une révision de la constitution votée par le Parlement le 20 juillet 1998, l’Accord de Nouméa est ratifié par le référendum du 8 novembre 1998 où le "oui" l’emporte beaucoup plus nettement sur le "non" qu’en 1988.

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L’Accord de Nouméa a été signé le 5 mai 1998
Poignée de main entre le Premier ministre Lionel Jospin, le représentant du RPCR Jacques Lafleur (à droite) et le représentant du FLNKS Rock Wamytan (à gauche).
Derrière : Alain Christnacht (à gauche), conseiller pour les affaires intérieures et l’outre-mer au cabinet du Premier ministre et Thierry Lataste, à l’époque, Directeur du Cabinet du Secrétaire d’Etat à l’outre-mer.

ENTRE ÉMANCIPATION ET CITOYENNETÉ

L’autonomie acquise pour les provinces par les Accords de Matignon est également reconnue au profit de la Nouvelle-Calédonie qui dispose d’un gouvernement collégial ayant la charge de l’exécutif tandis que le congrès édicte les "lois du pays". Le sénat
coutumier composé des représentants des huit aires coutumières est obligatoirement consulté pour tous les points afférents à l’identité kanak. Un conseil économique et social, au rôle consultatif est créé.

Une "citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie" émerge : un corps électoral restreint est constitué pour les élections des membres des assemblées de province et les référendums d’autodétermination, l’emploi local devient une priorité (Loi de pays n°2010-9 du 27 juillet 2010).

Par la loi du pays du 18 août 2010, la Nouvelle- Calédonie a adopté ses trois premiers signes identitaires : la devise « Terre de parole, terre de partage », l’hymne « Soyons unis, devenons frères » et le graphisme des billets de banque.

Restent à définir le nom et le drapeau du pays. Depuis le 17 juillet 2010, flottent côte à côte le drapeau français et celui du FLNKS représentant les Kanak.

Le préambule de l’accord de Nouméa est un document historique par essence. En voici un extrait :

« 2. La colonisation de la Nouvelle-Calédonie s’est inscrite dans un vaste mouvement historique où les pays d’Europe ont imposé leur domination au reste du monde. Des hommes et des femmes sont venus en grand nombre, au XIXe et XXe siècles, convaincus d’apporter le progrès, animés par la foi religieuse, venus contre leur gré ou cherchant une seconde chance en Nouvelle-Calédonie. Ils se sont installés et y ont fait souche. Ils ont apporté avec eux leurs idéaux, leurs connaissances, leurs espoirs, leurs ambitions, leurs illusions et leurs contradictions…
3. Le moment est venu de reconnaître les ombres de la période coloniale, même si elle ne fut pas dépourvue de lumière…
4. La décolonisation est le moyen de refonder un lien social durable entre les communautés qui vivent aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie, en permettant au
peuple kanak d’établir avec la France des relations nouvelles correspondant aux réalités de notre temps… », 5 mai 1998.

Mise à jour : 20 janvier 2015

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