" En pleine
lucarne " de Philippe DELERM. Editions MILAN. 1998.
163 pages. 1250CFP.

Professeur de français dans un
collège de Normandie, Philippe DELERM écrit depuis longtemps pour le jeune public
et ce nest pas le succès inouï de " La première gorgée de bière et
autres plaisirs minuscules " qui va lui faire abandonner les romans pour
adolescents.
Le dernier, " En pleine lucarne ", publié chez MILAN, a un titre qui est déjà à lui seul tout un programme.
Le jeune héros, Stéphane CHATEL, redouble sa troisième, car il na q uune passion dans la vie ( en dehors de Caroline) : le football. Son copain Romain a pu faire ce que lui na pas osé tenter : repéré par un entraîneur du F.C. Sochaux, il a quitté le petit village de Saint-Vincent-des-Bois pour tenter sa chance dans une école de foot. Voilà Stéphane bien seul ! Heureusement, il se lie damitié avec un jeune turc, Artun HALIC, qui fait preuve, la balle au pied, de grandes qualités. Mais quand le collège est entièrement " taggé " et que le père dArtun, qui est bûcheron, est victime dun grave accident du travail, Stéphane ne sait plus où il en est. Le retour de Romain va permettre de reconstituer une équipe de cadets solides, et en avant pour le challenge Lucien Poinsignon ! Comme le chante Jean-Jacques GOLDMAN, " Jirai au bout de mes rêves "
Très bien construit, le roman de Philippe DELERM est susceptible dintéresser les adolescents car plusieurs thèmes sy entrecroisent. Hormis le football ( que DELERM connaît très bien), " En pleine lucarne " parle des amours qui débutent et de lamitié, avec beaucoup de pudeur et de finesse. Mais un des thèmes centraux du livre est le racisme, avec le personnage dArtun HALIC, le jeune émigré turc, peint avec subtilité et émotion. Une réussite indéniable dans lensemble puisque (mais est-il utile de le préciser ?) le livre est très bien écrit
" Lécran rouge " dErnest
PEPIN, GALLIMARD. Collection " Page blanche ". 1998. 46 pages. 590
CFP.

La collection pour adolescents
" Page blanche " chez GALLIMARD fait peau neuve.
Changement de format, changement de papier, changement de couverture. A cette occasion, et
pour fêter les dix ans de sa création, " dix romanciers contemporains ont
trempé leur plume dans les couleurs dun arc-en-ciel imaginaire " et cela
a donné dix nouvelles plus ou moins réussies.
Lune des meilleures est celle dErnest PEPIN, écrivain antillais, moins connu que Raphaël CONFIANT ou Patrick CHAMOISEAU, mais qui nous offre avec " Lécran rouge " une belle réussite littéraire. Le texte commence par une promenade dans Pointe-à-Pitre, avant que lécrivain, qui est le héros de sa nouvelle, ne pousse la porte dune galerie. Et " là ! là ! là ! un tableau ! mon Dieu, quel tableau ! " A partir de ce moment, un lot de malheurs sabat sur lui comme les sept plaies sur lEgypte, si bien quil se met en quête du peintre, un certain Jean FAUGAS qui habite la capitale dHAÏTI, Port-au-Prince. La seconde partie de la nouvelle est le récit de lartiste, à la conquête de la couleur rouge, " le rouge caraïbe, le rouge des sangs-mêlés " PEPIN, qui a lu BALZAC, sa " Peau de chagrin " et son " Chef- duvre inconnu ", finira par comprendre pourquoi ce tableau est doté détranges pouvoirs, magiques, philosophiques.
Le charme de " Lécran rouge " vient aussi bien du traitement fantastique du thème que de lhistoire des Caraïbes quil englobe. Voilà une nouvelle qui parle didentité. Mais ce qui retient lintérêt, cest le français particulier quutilise PEPIN pour écrire, un français coloré, déconcertant, original,chatoyant, dérangeant. Pour montrer aux adolescents quon peut sapproprier une langue pour la faire sienne et dire ce quon a à dire, " Lécran rouge " constitue un support idéal. Il ne faut pas oublier dajouter que la couverture dûe à Yann NASCIMBENE, lillustrateur habituel de " Page blanche ", donne envie de dévorer ce petit livre élégant, qui plaira à de bons lecteurs et qui enchantera ceux qui aiment la bonne littérature.
" Un si terrible secret " dEvelyne BRISOU-PELLEN, Editions RAGEOT,
Collection Cascade Pluriel.1997. 126 pages, 1050 CFP.

Auteur réputé de littérature de jeunesse, connue surtout pour ses romans sur le Moyen-Age, comme " La bague aux trois hermines ", Evelyne BRISOU-PELLEN nous propose avec " Un si terrible secret ", publié chez RAGEOT, un excellent roman qui évoque la seconde guerre mondiale et la Résistance avec une absence de manichéisme et de simplification qui fait plaisir et qui rassure. Oubliés les poncifs !
" Tout a commencé le jour de Noël " Nathanaëlle BLESTIN, 15 ans, élève de troisième, apprend, alors que la fête devrait battre son plein, la mort de ses grands-parents paternels, Pilou et Mamie, quelle adore. On les a retrouvés tous deux noyés dans vingt centimètres deau. Nathanaëlle estime que ce double décès nest pas normal, et aux vacances de Pâques suivantes, elle part à LA BETINAIS, la maison bleue, synonyme pour elle de vacances heureuses et de bonheur familial. Cest tout le passé de ses grands-parents qui va ressurgir, et elle va découvrir que ces deux vieillards anodins cachaient bien des secrets. Qui étaient donc René BLESTIN et Elise JUGAN ? Quel rôle a joué dans leur vie Virgile DELAHAYE ? Que sest-il passé entre le 22 et le 26 décembre 1943 ? En quoi consiste le " terrible secret " du titre ?
Le livre adopte la forme dun cahier dans lequel lhéroïne consigne ce quelle éprouve et découvre. Outre le portrait sensible dune adolescente, le roman d Evelyne BRISOU-PELLEN propose une sorte denquête dans le passé. Pour chacun dentre nous , parents et grands-parents sont des inconnus sans tache. Nous rêvons de mieux les connaître mais cela nous effraie en même temps. Lauteur nous fait affronter ce fantasme. Elle évoque le monde de la Résistance sans simplisme : il y avait des héros et il y avait des salauds, mais les uns pouvaient être aussi les autres.
Livre passionnant, facile à lire, "Un si terrible secret " est une très grande réussite.